
Collège supérieur de Montréal : la suspension des activités plonge des étudiants étrangers dans l’incertitude
Le Collège supérieur de Montréal doit suspendre ses activités après le refus de renouvellement de son permis. Retour sur un dossier qui soulève des inquiétudes majeures pour les étudiants étrangers, leur CAQ, leur permis d’études et leur projet d’immigration.
Le Collège supérieur de Montréal, mieux connu sous le sigle CSM, se retrouve au cœur d’une nouvelle crise. Selon le Journal de Montréal, l’établissement privé doit suspendre ses activités après le refus de renouvellement de son permis par le ministère de l’Éducation du Québec. La décision tombe à un moment particulièrement sensible : à environ une semaine de la fin de session, alors que plusieurs étudiants étrangers étaient sur le point de compléter leur formation.
D’après les informations rapportées, environ 900 étudiants seraient regroupés dans un canal de discussion pour tenter de comprendre les conséquences de cette annonce sur leur parcours scolaire, leur statut d’immigration et, pour certains, leur projet de résidence permanente. Le cas d’un étudiant brésilien cité par le média illustre l’ampleur humaine du dossier : il était venu au Québec avec sa famille, avait investi plusieurs milliers de dollars dans ses études et craignait désormais de voir son diplôme, son statut et son projet de vie compromis.
Cette affaire dépasse donc largement la simple fermeture administrative d’un établissement. Elle pose une question beaucoup plus large : que se passe-t-il lorsqu’un projet d’études, un permis d’études, un CAQ et parfois un projet d’immigration complet reposent sur un établissement dont l’autorisation d’opérer devient incertaine?

Un permis déjà renouvelé jusqu’en juin 2026
Le CSM n’était pas un établissement improvisé sans existence officielle. Dans des documents rendus publics par le ministère de l’Éducation, on peut voir qu’en juin 2023, le ministre avait autorisé le renouvellement du permis du Collège supérieur de Montréal pour une période de trois ans, soit jusqu’au 30 juin 2026. Cette décision autorisait aussi certains services, dont l’ajout du programme de soutien informatique et la formation à distance pour des programmes visés.
Mais le même document rappelait aussi que la décision était assortie d’exigences liées au respect du cadre légal et réglementaire, notamment quant aux ressources humaines et à certains ajustements à transmettre au ministère.
Au Québec, les établissements d’enseignement privés doivent respecter le cadre légal applicable et détenir un permis pour offrir des services éducatifs. Le gouvernement précise que les établissements privés sont assujettis à la Loi sur l’enseignement privé et à ses règlements, et que certains peuvent aussi être agréés aux fins de subventions.
Autrement dit, lorsqu’un permis n’est pas renouvelé, ce n’est pas seulement une question administrative interne. Cela peut affecter directement la capacité de l’établissement à poursuivre ses activités d’enseignement, à délivrer certains documents scolaires, à organiser la suite des programmes et à rassurer les étudiants dont le statut au Canada dépend de leur parcours d’études.
À lire aussi :
CV au Québec sans expérience canadienne : comment présenter son parcours et convaincre un employeur
Un établissement devenu central dans le parcours de milliers d’étudiants étrangers
Les difficultés du CSM ne surgissent pas dans le vide. Dès 2024, le Journal de Montréal rapportait que le Collège supérieur de Montréal avait connu une forte hausse de sa population étudiante internationale. L’établissement comptait alors environ 3300 étudiants étrangers, soit beaucoup plus que les 1147 élèves prévus pour l’année scolaire en cours, selon le média. Le collège avait même suspendu ses admissions jusqu’en 2026 en raison de cette explosion des demandes.
Le même article indiquait que plusieurs étudiants déjà arrivés à Montréal avaient vu leur rentrée reportée de plusieurs mois, ce qui avait créé des difficultés financières et administratives pour des personnes dont le permis d’études était lié à un calendrier scolaire précis.
En juillet 2026, le Journal de Montréal rappelle aussi qu’entre avril 2023 et janvier 2025, 12 622 certificats d’acceptation du Québec auraient été délivrés à des étudiants inscrits au CSM, un volume présenté comme supérieur à celui de grands établissements universitaires québécois.
Ce chiffre est central pour comprendre l’enjeu. Dans le parcours d’un étudiant étranger au Québec, le CAQ n’est pas un simple formulaire : c’est l’une des autorisations de base permettant ensuite de demander un permis d’études au fédéral. Le gouvernement du Québec rappelle qu’un ressortissant étranger qui veut suivre une formation de plus de six mois au Québec doit généralement obtenir deux documents : un CAQ pour études, délivré par le Québec, et un permis d’études, délivré par le Canada.
Les inquiétudes existaient déjà avant la suspension des activités
Avant l’annonce de juillet 2026, le CSM faisait déjà l’objet d’une attention médiatique et gouvernementale importante. Le Journal de Montréal avait rapporté que le MIFI avait convoqué en entrevue des dizaines d’anciens étudiants du CSM en processus de résidence permanente afin de vérifier la légitimité de certains diplômes. Le média indiquait que 90 diplômés étaient visés par ces vérifications, et qu’au moins deux étudiants avaient perdu leur certificat de sélection du Québec à la suite de déclarations liées à un stage, tandis que les autres dossiers demeuraient en analyse.
Il faut toutefois être très prudent ici. Une enquête ou une vérification administrative ne signifie pas que tous les étudiants concernés ont commis une faute. Plusieurs diplômés cités dans la couverture médiatique affirmaient ne rien avoir à se reprocher et disaient vivre une grande détresse en raison de l’incertitude entourant leur dossier.
C’est justement ce qui rend ce dossier délicat. D’un côté, l’État doit protéger l’intégrité des diplômes, des stages, du système d’immigration et des fonds publics. De l’autre, il existe de nombreux étudiants qui ont payé leurs frais, suivi leurs cours, respecté leurs obligations et qui peuvent se retrouver pris dans une crise institutionnelle qu’ils ne contrôlent pas.
Pourquoi les conséquences peuvent être graves pour les étudiants étrangers
Pour un étudiant québécois ou canadien, la suspension des activités d’un établissement est déjà une situation sérieuse. Pour un étudiant étranger, elle peut devenir critique.
La raison est simple : le parcours scolaire est souvent directement lié au statut d’immigration. Un étudiant étranger doit démontrer qu’il poursuit réellement ses études, qu’il respecte les conditions de son permis d’études, qu’il fréquente un établissement reconnu et que son programme correspond aux autorisations obtenues.
IRCC indique que lorsqu’un étudiant change d’établissement, il peut devoir demander un nouveau permis d’études ou une prolongation, et que le nouvel établissement doit être un établissement d’enseignement désigné. Le gouvernement fédéral précise aussi que si un étudiant change d’école sans l’indiquer correctement, son ancien établissement peut le déclarer comme non inscrit, ce qui peut entraîner des conséquences sur son statut.
Dans le cas particulier du Québec, il faut aussi tenir compte du CAQ. Le gouvernement du Canada rappelle que, sauf exceptions, un étudiant qui se déplace vers un établissement au Québec doit fournir une attestation de délivrance du CAQ avec sa demande de permis d’études. Pour un changement entre centres de formation professionnelle, IRCC précise qu’un nouveau permis d’études n’est pas nécessaire, mais qu’un nouveau CAQ est requis.
Le gouvernement du Québec précise de son côté qu’un CAQ délivré avant le 6 décembre 2024 et toujours valide peut, dans certains cas, permettre de changer d’établissement au même niveau d’études sans nouvelle demande de CAQ. Cette règle ne doit toutefois pas être généralisée automatiquement : chaque situation dépend de la date du CAQ, du niveau d’études, de l’établissement, du programme et de la validité des documents.
À lire aussi :

Le permis postdiplôme : une autre source d’inquiétude
Pour plusieurs étudiants étrangers, l’objectif n’est pas seulement d’obtenir un diplôme. Le parcours est souvent pensé en plusieurs étapes : admission, CAQ, permis d’études, diplôme, permis de travail postdiplôme, expérience québécoise ou canadienne, puis éventuellement résidence permanente.
Dans le cas du CSM, IRCC indiquait que, depuis le 1er septembre 2023, seuls certains programmes étaient admissibles au permis de travail postdiplôme dans cet établissement, notamment Secrétariat et Comptabilité.
Cela signifie qu’un étudiant ne doit jamais se limiter à vérifier si un établissement est “reconnu” ou s’il possède un numéro d’établissement désigné. Il doit aussi vérifier si son programme précis est admissible au permis de travail postdiplôme, car tous les programmes d’un même établissement ne le sont pas nécessairement. IRCC rappelle d’ailleurs que tous les programmes offerts par un établissement d’enseignement désigné ne donnent pas automatiquement accès au permis postdiplôme.
Dans une situation comme celle du CSM, les étudiants doivent donc clarifier plusieurs points rapidement : leur programme est-il terminé? Ont-ils reçu une attestation officielle de fin d’études? Le diplôme sera-t-il délivré? Le programme était-il admissible au permis postdiplôme au moment pertinent? Le refus de renouvellement du permis de l’établissement aura-t-il un effet sur les documents scolaires ou sur la reconnaissance du parcours? Ces questions ne peuvent pas être réglées par des suppositions ou des messages partagés dans un groupe WhatsApp. Elles exigent des réponses écrites de l’établissement, du ministère concerné et, au besoin, d’un professionnel autorisé en immigration.
Ce que les étudiants touchés devraient faire maintenant
La priorité est de documenter le parcours. Les étudiants concernés devraient conserver toutes les communications reçues du CSM, les contrats, reçus de paiement, relevés de notes, horaires, attestations d’inscription, preuves de présence, documents de stage, courriels avec l’administration et captures d’écran des annonces officielles.
Ils devraient aussi demander au collège, par écrit, une confirmation claire de leur situation : nombre d’heures complétées, statut de la session, possibilité d’obtenir le diplôme ou l’attestation, mesures de reprise, transfert possible vers un autre établissement, et personne responsable du suivi.
Pour les étudiants dont le permis d’études ou le CAQ expire bientôt, le risque principal est de perdre du temps. Le gouvernement du Québec recommande de présenter une demande de renouvellement au moins trois mois avant l’expiration du permis d’études lorsqu’une prolongation est nécessaire.
Les étudiants qui envisagent de changer d’établissement doivent vérifier trois choses avant de s’engager : le nouvel établissement est-il autorisé? Le programme est-il cohérent avec leur projet et leur niveau d’études? Le changement nécessite-t-il un nouveau CAQ, une nouvelle lettre d’attestation provinciale ou une nouvelle demande de permis d’études? Depuis 2025, le Québec applique aussi des règles de gestion des demandes de CAQ, avec des plafonds par établissement pour certaines périodes, ce qui peut compliquer encore davantage les changements d’établissement.
À lire aussi :
CV au Québec sans expérience canadienne : comment présenter son parcours et convaincre un employeur
Une crise qui dépasse le cas du CSM
L’affaire du Collège supérieur de Montréal arrive dans un contexte beaucoup plus large de resserrement du programme des étudiants étrangers au Canada et au Québec. IRCC a mis en place un plafond national pour limiter le nombre de demandes de permis d’études acceptées en traitement. Pour 2026, le gouvernement fédéral prévoit jusqu’à 408 000 permis d’études, un nombre inférieur aux cibles de 2025 et 2024.
Le gouvernement fédéral a aussi renforcé les obligations des établissements d’enseignement désignés, notamment en matière de vérification des lettres d’acceptation et de rapports sur l’inscription des étudiants. IRCC précise que les établissements qui ne respectent pas certaines obligations peuvent faire face à des conséquences, dont une suspension de l’accueil de nouveaux étudiants étrangers.
Dans ce contexte, le dossier du CSM agit comme un signal d’alarme. Il montre que l’étudiant étranger ne doit pas seulement se demander : “Est-ce que je suis admissible?” Il doit aussi se demander : “Est-ce que mon établissement est solide? Est-ce que mon programme est réellement reconnu pour mon objectif? Est-ce que mes dates, mes documents et mon parcours sont cohérents?”
La leçon pour les futurs étudiants étrangers
Le cas du Collège supérieur de Montréal rappelle une réalité souvent négligée : un projet d’études au Québec doit être préparé comme un dossier complet, pas seulement comme une admission scolaire.
Avant de déposer une demande de CAQ ou de permis d’études, il faut vérifier l’établissement, le programme, la durée réelle de la formation, l’admissibilité éventuelle au permis postdiplôme, les frais, la capacité d’accueil, les dates de début et de fin, les conditions de stage et les conséquences d’un changement de programme ou d’établissement.
Il faut aussi conserver une chronologie claire : date d’admission, date de CAQ, date de permis d’études, date d’entrée au Canada, date réelle de début des cours, interruptions, reports, changements, stages, relevés de notes, attestations et renouvellements. C’est souvent cette chronologie qui permet de comprendre un dossier et d’éviter que des incohérences administratives soient interprétées négativement.
C’est précisément dans cette logique que CVQUEBEC développe ses outils d’analyse du parcours étudiant : aider les étudiants à visualiser leurs dates, repérer les périodes à expliquer et préparer un dossier plus cohérent avant une demande, un renouvellement ou un changement important.
Conclusion
La suspension des activités du Collège supérieur de Montréal n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour un établissement privé. C’est une crise concrète pour des centaines d’étudiants étrangers dont le parcours scolaire, financier et migratoire dépend de documents précis, de délais serrés et de décisions administratives complexes.
Pour les étudiants touchés, l’urgence est de ne pas agir dans la panique : il faut obtenir des confirmations écrites, préserver toutes les preuves, vérifier les options de transfert et demander conseil avant de modifier son parcours.
Pour les futurs étudiants, la leçon est claire : au Québec, une admission ne suffit pas. Il faut vérifier tout le chemin qui vient avec elle.
Découvrez nos articles et nouvelles ici :
CV au Québec sans expérience canadienne : comment présenter son parcours et convaincre un employeur
Commentaires (0)
Rappel important
Vos commentaires seront visibles par tous les utilisateurs et le public. Merci de :
- Rester courtois et respectueux
- Éviter tout contenu inapproprié ou offensant
- Contribuer de manière constructive à la discussion