Étudiants étrangers au Québec : comment le système s’est resserré et ce qu’il faut vérifier avant de choisir son école
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Étudiants étrangers au Québec : comment le système s’est resserré et ce qu’il faut vérifier avant de choisir son école

Découvrez comment le Québec a resserré la gestion des étudiants étrangers, des CAQ et des établissements d’enseignement. À partir du rapport 2025 du Vérificateur général et des récents dossiers du CSM, du CSS, de Véritas et de Herzing, cet article explique les changements de règles, les risques à surveiller et les vérifications essentielles à effectuer avant de choisir une école au Québec.

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Pendant plusieurs années, le Québec a cherché à attirer davantage d’étudiants étrangers.

Ils devaient contribuer à la vitalité des établissements d’enseignement, soutenir certaines régions, répondre aux besoins de main-d’œuvre et, pour une partie d’entre eux, éventuellement s’établir durablement au Québec.

Puis le discours et les règles ont changé.

Plafonnement des demandes de CAQ, resserrement des règles fédérales, modifications touchant le permis de travail postdiplôme, contrôles plus importants du parcours étudiant, surveillance des établissements et, en 2026, non-renouvellement des permis de plusieurs collèges privés : le contexte dans lequel un étudiant étranger prépare aujourd’hui son projet d’études n’a plus grand-chose à voir avec celui d’il y a quelques années.

Les événements concernant le Collège supérieur de Montréal (CSM), le Collège supérieur de Sherbrooke (CSS), le Collège de technologie Véritas et le volet de formation professionnelle du Collège Herzing ont rendu cette transformation particulièrement visible. En juillet 2026, leurs activités ont été touchées par des décisions de non-renouvellement de permis, plaçant près de 900 étudiants internationaux dans l’incertitude.

Le Tribunal administratif du Québec a ensuite permis au CSM et au CSS de reprendre leurs activités pendant que leur contestation se poursuit. Cette décision ne réglait toutefois pas définitivement le fond du litige avec le gouvernement.

A lire aussi : CSM et CSS autorisés à rouvrir : ce que la décision du TAQ change pour les étudiants étrangers

Mais pour comprendre comment le Québec en est arrivé là, il faut remonter plusieurs années en arrière.

Et surtout consulter un document particulièrement éclairant : le chapitre 4 du rapport du Vérificateur général du Québec publié en novembre 2025, consacré aux étudiants étrangers au collégial et à l’université.

Ce rapport raconte une histoire beaucoup plus complexe que celle d’un gouvernement ayant simplement décidé, du jour au lendemain, qu’il y avait « trop d’étudiants étrangers ».

Il montre plutôt un système qui a d’abord fortement encouragé leur attraction, sans toujours mesurer adéquatement les effets des politiques mises en place, avant de devoir développer de nouveaux mécanismes pour reprendre davantage de contrôle sur les volumes et sur les parcours.

En dix ans, la place des étudiants étrangers a profondément changé

Le phénomène est considérable.

À l’automne 2014, les étudiants étrangers représentaient 6,9 % des effectifs du collégial et de l’université au Québec.

À l’automne 2024, cette proportion avait presque doublé pour atteindre 12,7 %.

Dans les universités, elle atteignait même 16,5 % des effectifs.

Le Vérificateur général rappelle également qu’au 31 décembre 2024, plus de 96 000 personnes détenaient un permis d’études valide pour fréquenter un établissement d’enseignement supérieur au Québec. Ce chiffre ne correspond cependant pas exactement au nombre d’étudiants réellement inscrits, puisqu’une personne peut notamment reporter ses études ou finalement ne pas venir étudier au Québec.

Cette croissance n’était pas nécessairement considérée comme un problème.

Au contraire.

Le rapport rappelle plusieurs raisons pour lesquelles les établissements et le gouvernement cherchaient à attirer cette clientèle.

Les étudiants étrangers peuvent notamment contribuer au financement des établissements, soutenir la recherche, compenser une diminution des effectifs locaux et permettre de maintenir certains programmes de formation qui seraient autrement plus difficiles à offrir.

C’est un élément essentiel pour comprendre la situation actuelle.

Le Québec n’a pas seulement subi la croissance du nombre d’étudiants étrangers : il a aussi mis en place des politiques visant à la favoriser.

Le gouvernement a lui-même financé et encouragé le recrutement

Le Vérificateur général retrace plusieurs mesures mises en œuvre, particulièrement entre 2022 et 2024.

Des sommes ont notamment été consacrées au recrutement international, à l’accueil et à l’intégration des étudiants étrangers, aux exemptions de droits de scolarité supplémentaires et à leur établissement à l’extérieur de la région métropolitaine de Montréal.

Le MES soutenait également financièrement certaines activités de recrutement international des universités et des cégeps.

Parmi les objectifs poursuivis se trouvaient aussi l'attraction d'étudiants dans des secteurs connaissant des pénuries de main-d’œuvre et leur rétention au Québec après leurs études.

En soi, ces objectifs ne sont pas incohérents.

Le problème relevé par le Vérificateur général concerne davantage la manière dont ces politiques ont été pilotées et évaluées.

Le premier constat du Vérificateur général est sévère

Dans son rapport de novembre 2025, le VGQ arrive à trois grands constats.

Le premier est particulièrement important :

le MIFI et le ministère de l’Enseignement supérieur ont multiplié les mesures visant à attirer les étudiants étrangers sans en évaluer suffisamment les effets.

Selon le VGQ, un meilleur suivi aurait notamment permis de constater que les demandes d’admission, les offres d’admission et les nouvelles inscriptions étaient déjà en croissance avant certaines nouvelles mesures gouvernementales.

Autrement dit, alors que la demande augmentait déjà, de nouvelles politiques d’attraction ont continué à s’ajouter.

Puis, quelques années plus tard, le gouvernement s’est retrouvé à devoir faire presque l’inverse : limiter les volumes.

C’est là que la chronologie devient particulièrement intéressante.

Après l’attraction, les quotas

En décembre 2024, le Québec avait déjà adopté une loi renforçant son pouvoir de gérer le nombre de demandes présentées dans le Programme des étudiants étrangers.

En février 2025, le gouvernement instaure ensuite des plafonds de demandes de sélection temporaire pour études associés aux établissements.

Mais le Vérificateur général constate que cette nouvelle politique de contrôle comportait elle aussi des faiblesses.

Selon son audit, le MIFI et le MES n’avaient pas suffisamment tenu compte de certains éléments pour établir les quotas, notamment :

  • la proportion des personnes ayant obtenu une admission qui s’inscrivent réellement;

  • les périodes de recrutement des établissements;

  • les demandes de renouvellement;

  • la vulnérabilité de certains programmes dépendant davantage des étudiants étrangers.

Le VGQ indique également que certaines données utilisées pour déterminer les quotas présentaient des problèmes de qualité.

Le résultat est assez paradoxal.

Pendant plusieurs années, le Québec a construit des outils pour attirer davantage d’étudiants étrangers.

Il a ensuite dû construire rapidement des outils pour limiter leur nombre.

Et le Vérificateur général considère que ni la phase d’expansion ni la phase de restriction n’ont toujours été accompagnées d’une analyse suffisamment rigoureuse.

Un élément essentiel manquait : savoir ce que devenaient réellement les étudiants

C’est probablement le constat le plus important pour comprendre la gestion actuelle des dossiers individuels.

Une fois qu’un étudiant obtenait son premier CAQ, le MIFI disposait d’une information limitée sur la suite réelle de son parcours.

Le Vérificateur général explique notamment que le ministère ne savait pas systématiquement :

  • si la personne avait finalement obtenu son permis d’études fédéral;

  • si elle s’était réellement inscrite;

  • si elle étudiait dans l’établissement prévu;

  • si elle suivait le programme ou le niveau d’études initialement déclaré.

Le VGQ conclut donc que le MIFI, en collaboration avec le MES, n’effectuait pas un suivi suffisant du parcours des étudiants étrangers une fois le CAQ délivré.

Un autre détail est particulièrement révélateur.

Jusqu’en décembre 2024, la base de données du MIFI ne permettait pas adéquatement de retracer les changements d’établissement. Un étudiant pouvait, dans certaines circonstances, obtenir son CAQ pour un établissement puis s’inscrire ailleurs sans qu’un nouveau CAQ ne soit requis tant que certaines conditions demeuraient respectées.

On comprend alors beaucoup mieux pourquoi les règles actuelles insistent davantage sur le lien entre l’étudiant, son établissement, son programme et son parcours réel.

Même le contrôle effectué au moment du premier CAQ était limité

Le VGQ relève également une différence importante entre la première demande et le renouvellement.

En 2024, seulement 5,6 % des premières demandes de CAQ pour études supérieures avaient été refusées.

Le taux était encore plus faible les années précédentes : 1,5 % en 2019, 1,2 % en 2020 et environ 3 % entre 2021 et 2023.

Selon le Vérificateur général, les contrôles réalisés avant la délivrance du premier CAQ étaient donc peu efficaces et les processus comportaient plusieurs inefficiences.

La logique change toutefois lorsque l’étudiant revient plusieurs années plus tard demander un renouvellement.

À ce moment-là, il existe désormais un parcours réel à examiner.

Et c’est là que certaines incohérences peuvent apparaître.

Ce que révèlent les refus de renouvellement

Le VGQ a étudié un échantillon de 77 refus de renouvellement de CAQ déposés en 2023 et 2024.

Il précise lui-même que cet échantillon est limité et que les résultats ne peuvent donc pas être extrapolés à toutes les demandes.

Mais les motifs observés sont néanmoins très instructifs.

Dans cet échantillon :

  • 71,4 % des dossiers comportaient le motif selon lequel la personne ne faisait pas de ses études sa principale activité;

  • 40,3 % comportaient une insuffisance de ressources financières;

  • 37,7 % comportaient un problème concernant l’assurance maladie et hospitalisation;

  • 27,3 % indiquaient que la personne ne recevait pas l’enseignement correspondant au niveau d’études prévu.

Ces données permettent de comprendre quelque chose de fondamental.

Une demande de renouvellement n’est pas simplement une nouvelle admission accompagnée d’un nouveau paiement.

Elle peut devenir un véritable bilan du séjour d’études précédent.

L’administration peut alors comparer ce qui avait été annoncé lors de la première demande avec ce qui s’est réellement produit.

Admission, CAQ et permis d’études : trois décisions différentes

C’est probablement l’une des erreurs les plus fréquentes lorsqu’on prépare un projet d’études au Québec.

Une lettre d’admission signifie qu’un établissement accepte de vous recevoir.

Elle ne signifie pas que le Québec vous sélectionnera automatiquement pour études.

Et l’obtention d’un CAQ ne signifie pas non plus que le gouvernement fédéral vous accordera automatiquement un permis d’études.

Pour venir étudier au Québec dans la plupart des programmes de plus de six mois, le parcours comprend généralement :

Admission par l’établissement → sélection temporaire du Québec et CAQ → permis d’études fédéral → inscription effective.

Le Vérificateur général rappelle d’ailleurs expressément que même lorsqu’un ressortissant étranger obtient le consentement du Québec, il peut encore ne pas répondre aux exigences fédérales et donc ne pas obtenir son permis d’études.

Le simple fait qu’un collège vous accepte ne garantit donc absolument pas l'ensemble du parcours.

Depuis 2025, même une admission ne garantit plus qu’une demande de CAQ pourra être présentée

La situation s’est encore complexifiée.

Depuis le 17 décembre 2025 et jusqu’au 16 décembre 2027, le Québec fixe un nombre maximal de demandes de sélection temporaire pour études pour chaque établissement, centre de services scolaire ou commission scolaire, pour les niveaux concernés par la mesure.

Les demandes de renouvellement au collégial et à l’université sont également comptabilisées dans ces plafonds.

Cela crée une distinction que les futurs étudiants doivent absolument comprendre :

une école peut être autorisée à vous offrir une admission sans que cela signifie nécessairement qu’une nouvelle demande de CAQ associée à cette admission pourra être reçue à n’importe quel moment.

Avant de payer des sommes importantes, cette vérification est donc devenue indispensable.

Et les règles fédérales se sont elles aussi resserrées

Le Québec n’est pas le seul niveau de gouvernement à avoir modifié les règles.

Au fédéral, le Programme des étudiants étrangers a également connu d’importants changements.

Depuis novembre 2024, un étudiant postsecondaire qui souhaite changer d’établissement doit généralement demander un nouveau permis d’études plutôt que simplement modifier son établissement dans son compte auprès d’IRCC.

Au Québec, un changement d’établissement peut également nécessiter un nouveau CAQ selon la situation. IRCC précise notamment que les étudiants qui changent d’établissement au Québec doivent généralement obtenir les documents québécois requis et présenter la demande correspondante.

Autrement dit, la stratégie autrefois parfois présentée comme très simple — « entrez au Canada avec une école puis changez une fois sur place » — peut aujourd’hui entraîner des démarches beaucoup plus importantes.

L’école compte, mais le programme compte tout autant

Un autre point essentiel concerne le permis de travail postdiplôme.

Un établissement peut être un établissement d’enseignement désigné (EED) sans que tous ses programmes donnent nécessairement accès au permis de travail postdiplôme.

IRCC le dit très clairement : obtenir un diplôme d’un établissement désigné ne rend pas automatiquement une personne admissible au PTPD.

Il faut vérifier :

  • l’établissement;

  • le programme précis;

  • le type de diplôme;

  • sa durée;

  • les règles applicables au moment de la demande;

  • et, selon les cas, les exigences liées au domaine d’études ou aux compétences linguistiques.

Pour certains programmes offerts au Québec, la durée minimale pertinente pour le PTPD est notamment exprimée en heures de formation.

La bonne question à poser n’est donc jamais seulement :

« Cette école est-elle reconnue? »

Il faut plutôt demander :

« Mon programme précis, dans cet établissement précis, selon les règles actuellement applicables à ma situation, me permet-il d’atteindre l’objectif que je poursuis? »

L’affaire CSM montre à quel point le statut d’un établissement peut devenir important

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer les événements de l’été 2026.

Le non-renouvellement de permis du CSM, du CSS, de Véritas et du volet professionnel de Herzing a brutalement rappelé qu’une école qui fonctionne normalement au moment de l’inscription peut elle-même rencontrer un problème administratif plusieurs mois ou plusieurs années plus tard.

Les étudiants concernés pouvaient avoir payé leurs frais, respecté leurs obligations et poursuivi normalement leurs études tout en se retrouvant soudainement dans l’incertitude.

Cette distinction est fondamentale.

Un étudiant n’est pas automatiquement responsable d’un manquement reproché à son établissement.

Mais il peut malgré tout en subir les conséquences pratiques.

Dans le cas du CSM et du CSS, le TAQ a finalement suspendu les effets du refus de renouvellement de permis et autorisé la reprise des activités pendant la poursuite du litige. Le gouvernement a indiqué qu’il continuerait à faire valoir sa position devant le tribunal.

Il ne faut donc ni présenter ces établissements comme définitivement fautifs, ni présenter la décision du TAQ comme une conclusion selon laquelle le gouvernement aurait définitivement eu tort.

La procédure continue.

Attention également à ne pas tout mélanger

Le rapport du Vérificateur général de novembre 2025 est extrêmement utile pour comprendre l’évolution du système.

Mais il faut respecter la portée de son audit.

Le VGQ a examiné les étudiants étrangers dans les universités, cégeps et collèges privés, notamment ceux offrant des DEC et des AEC.

Il indique explicitement que les programmes de formation professionnelle offerts par les organismes scolaires ne faisaient pas partie de la portée de ses travaux.

Il serait donc incorrect d’utiliser ce rapport pour affirmer que le VGQ a lui-même constaté des pratiques précises chez Véritas ou dans le volet professionnel du Collège Herzing.

Le rapport permet plutôt de comprendre l’environnement général de gestion de l’immigration étudiante, tandis que les questions concernant les permis de ces établissements relèvent d’autres mécanismes de contrôle du ministère de l’Éducation.

Cette distinction est importante si l’on veut informer sans amalgamer.

Pourquoi les collèges privés sont-ils davantage observés?

Il serait tentant de conclure que le problème vient simplement des collèges privés.

Ce serait trop simpliste.

Les étudiants étrangers sont présents dans les universités, les cégeps publics, les collèges privés subventionnés et les collèges privés non subventionnés.

Le VGQ montre d’ailleurs que l’attraction internationale répond à des objectifs gouvernementaux et institutionnels beaucoup plus larges : financement, recherche, maintien de l’offre de formation et recrutement de talents.

En revanche, un établissement privé doit disposer des permis nécessaires pour offrir les services éducatifs concernés.

Pour le collégial privé, la délivrance et le renouvellement des permis font partie du régime encadré par la Loi sur l’enseignement privé, et la Commission consultative de l’enseignement privé conseille notamment le ministre sur leur délivrance, leur modification, leur renouvellement ou leur révocation.

Le statut administratif de l'établissement n'est donc pas une formalité sans importance.

Le véritable risque : construire tout son projet autour de l’immigration plutôt que des études

Il existe un autre piège.

Beaucoup d’étudiants étrangers ne choisissent pas uniquement une formation.

Ils choisissent simultanément :

une école + un programme + un statut temporaire + un droit éventuel de travailler + un projet d’établissement permanent.

C’est compréhensible.

Le gouvernement lui-même a longtemps présenté les étudiants étrangers comme une population particulièrement intéressante à retenir au Québec après leurs études. Le VGQ rappelle qu’ils sont jeunes, diplômés du Québec, connaissent déjà la société québécoise et peuvent avoir acquis une expérience professionnelle locale.

Mais cette logique comporte un risque considérable.

Les politiques d’immigration peuvent changer beaucoup plus rapidement qu’un programme d’études.

L’histoire récente en fournit un excellent exemple.

Lorsque le VGQ finalisait son rapport en 2025, le volet Diplômés du Québec du Programme de l’expérience québécoise faisait l’objet d’un moratoire et le rapport indiquait son interruption à compter du 19 novembre 2025.

Depuis, la politique a encore évolué : le gouvernement a annoncé la réouverture du PEQ pour une période de deux ans allant du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028.

En quelques mois seulement, un élément majeur d’une stratégie d’immigration pouvait donc sembler fermé puis redevenir accessible.

C’est une démonstration parfaite du danger de choisir aujourd’hui une formation de deux ou trois ans uniquement en fonction du programme d’immigration qui existe au moment de l’inscription.

Une école ne peut pas vous garantir votre avenir migratoire

C’est probablement le conseil le plus important de cet article.

Aucun établissement ne contrôle :

  • les futurs critères du CAQ;

  • les règles du permis d’études;

  • les conditions du PTPD;

  • les programmes de sélection permanente;

  • les seuils d’immigration;

  • les professions qui seront prioritaires;

  • ou les règles qui existeront lorsque vous obtiendrez votre diplôme.

Une affirmation comme :

« Faites ce programme et vous aurez la résidence permanente »

devrait donc immédiatement vous rendre prudent.

Il peut être parfaitement légitime de tenir compte des perspectives d’immigration lorsqu’on choisit une formation.

Mais cela ne devrait jamais être la seule raison de suivre cette formation.

Posez-vous plutôt cette question :

Si les règles d’immigration changeaient complètement avant mon diplôme, est-ce que cette formation aurait encore une valeur professionnelle pour moi?

Si la réponse est non, votre projet repose probablement sur une fondation trop fragile.

Votre parcours scolaire peut également devoir être expliqué

Les règles canadiennes imposent notamment au titulaire d’un permis d’études de demeurer inscrit et de progresser raisonnablement vers l’achèvement de son programme, sous réserve des exceptions prévues.

Au Québec, le renouvellement du CAQ permet également d’examiner ce qui s’est réellement passé pendant le séjour précédent.

Un changement d'orientation n'est pas automatiquement interdit.

Un étudiant peut découvrir une nouvelle profession.

Il peut changer d'université.

Il peut réaliser qu’un premier programme ne correspond finalement pas à ses aptitudes.

Il peut traverser des difficultés personnelles ou scolaires.

Mais plusieurs changements successifs sans explication cohérente peuvent rendre un dossier plus difficile à comprendre.

Par exemple :

université → abandon → collège → changement d’établissement → nouveau programme sans rapport → longues périodes sans études

n’est pas nécessairement un parcours interdit.

Mais il devient beaucoup plus important de documenter pourquoi ces changements ont eu lieu et ce que l’étudiant faisait pendant chaque période.

L’une des meilleures protections : conserver une chronologie complète

Le rapport du VGQ montre précisément à quel point la reconstruction du parcours étudiant peut devenir importante.

Un étudiant devrait conserver, pendant toute la durée de son séjour :

  • toutes ses lettres d’admission;

  • ses CAQ;

  • ses permis d’études;

  • ses passeports;

  • ses relevés de notes;

  • ses attestations d’inscription et de fréquentation;

  • ses preuves de paiement;

  • ses contrats avec l’établissement;

  • ses assurances;

  • les courriels concernant les reports de session;

  • les preuves concernant les changements de programme;

  • les documents relatifs aux stages;

  • toute correspondance avec son établissement concernant une interruption ou une fermeture.

Un document qui paraît banal en première année peut devenir extrêmement important trois ans plus tard au moment d’un renouvellement.

Avant de choisir une école au Québec, voici ce que vous devriez réellement vérifier

1. Vérifiez que l’établissement existe dans les répertoires gouvernementaux

Ne vous contentez pas du site Web de l’école.

Le gouvernement du Québec publie notamment une liste des cégeps et collèges privés reconnus.

2. Vérifiez son statut d’établissement d’enseignement désigné

IRCC publie la liste officielle des établissements autorisés à recevoir des étudiants étrangers.

Cette vérification devrait être effectuée directement sur le site du gouvernement du Canada.

3. Vérifiez le programme exact

Ne vérifiez pas uniquement le nom de l’établissement.

Notez précisément :

  • le nom du programme;

  • son code;

  • son niveau;

  • sa durée;

  • son nombre d’heures ou de crédits;

  • le diplôme obtenu;

  • le campus où il est offert.

4. Vérifiez séparément l’admissibilité au PTPD

Un EED n’est pas automatiquement synonyme de PTPD.

IRCC recommande expressément de vérifier quels programmes sont admissibles.

5. Vérifiez que l’établissement détient les autorisations nécessaires

Les établissements privés doivent disposer des permis requis pour offrir leurs services éducatifs.

Les événements de 2026 démontrent pourquoi cette question administrative peut avoir des conséquences très concrètes.

6. Vérifiez si une nouvelle demande de CAQ peut actuellement être présentée

Depuis la mise en place des plafonds par établissement, cette question ne doit plus être présumée.

Le gouvernement publie les règles applicables à la gestion des demandes.

7. Vérifiez vos ressources financières de façon réaliste

Le Québec demande à l’étudiant de démontrer qu’il peut assumer les droits de scolarité, le transport et ses besoins essentiels.

Ne construisez pas votre budget en supposant qu’un emploi étudiant financera l’intégralité de vos études.

8. Lisez la politique de remboursement

Avant de payer, demandez ce qui se passe en cas :

  • de refus de CAQ;

  • de refus de permis d’études;

  • de retard administratif;

  • de report;

  • d’annulation de programme;

  • de fermeture;

  • ou de perte d’une autorisation par l’établissement.

Et conservez une copie de la politique qui était applicable au moment où vous avez payé.

9. Vérifiez qui vous conseille réellement

Un représentant de l’école peut vous renseigner sur son établissement.

Un recruteur peut vous accompagner dans votre admission.

Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il est autorisé à fournir des conseils juridiques ou réglementés en immigration.

Surtout, gardez une règle très simple :

vérifiez toujours les affirmations importantes sur les sites officiels du Québec ou d’IRCC.

10. Vérifiez l’information une dernière fois avant votre départ

Une vérification effectuée huit mois avant le début des cours peut être dépassée.

Refaites-la :

  • avant de payer le solde des frais;

  • avant de déposer votre CAQ;

  • avant votre permis d’études;

  • et avant de prendre l’avion.

Méfiez-vous particulièrement de ces phrases

Certaines affirmations devraient immédiatement déclencher une vérification supplémentaire :

« Le visa est garanti. »

« Ce programme donne automatiquement la résidence permanente. »

« Vous pourrez changer d’école dès votre arrivée. »

« Tous nos programmes donnent le permis de travail postdiplôme. »

« Votre parcours précédent n’a aucune importance. »

« Il suffit d’obtenir l’admission. »

« Les règles ne changent jamais pour les étudiants déjà inscrits. »

Dans un système où Québec et Ottawa interviennent chacun à différentes étapes, aucune formule aussi simple ne devrait remplacer une vérification réglementaire.

Et si votre établissement rencontre soudainement un problème?

La situation de 2026 apporte une autre leçon.

Lorsqu’un établissement perd temporairement une autorisation ou rencontre un problème administratif, la pire stratégie peut être de prendre immédiatement une décision irréversible.

Ne supposez pas automatiquement que :

  • votre CAQ devient invalide;

  • votre permis d’études disparaît;

  • vous devez quitter immédiatement le Canada;

  • vous pouvez continuer exactement comme avant;

  • ou vous pouvez simplement vous inscrire dans n’importe quelle autre école.

Les conséquences dépendent de la situation précise.

IRCC prévoit différentes règles lorsque le statut d’un EED change et lorsqu’un étudiant doit changer d’établissement.

Avant d’agir :

  1. obtenez une communication écrite de votre établissement;

  2. consultez les instructions du ministère responsable;

  3. vérifiez votre CAQ;

  4. vérifiez votre permis d’études;

  5. demandez une nouvelle admission seulement si cela devient nécessaire;

  6. documentez toutes les périodes d’interruption;

  7. conservez les preuves démontrant que la situation était indépendante de votre volonté.

La responsabilité est partagée

Les événements récents montrent également qu’il serait trop facile de placer toute la responsabilité sur les étudiants.

Les établissements ont leurs obligations.

Le gouvernement du Québec encadre et autorise les établissements.

Le MIFI sélectionne les étudiants.

IRCC délivre les permis fédéraux.

Et l’étudiant doit respecter ses propres conditions de séjour.

Le rapport du Vérificateur général est intéressant précisément parce qu’il montre que les lacunes ne se situaient pas seulement du côté des étudiants ou des écoles.

La gestion gouvernementale elle-même comportait des problèmes de suivi, de données, d’évaluation et de planification.

Il serait donc injuste d’adopter un discours selon lequel chaque difficulté vécue aujourd’hui serait simplement la conséquence de « mauvais étudiants » ou de « mauvais collèges ».

Le phénomène est beaucoup plus systémique.

Ce qui a réellement changé en quelques années

On peut résumer l’évolution récente en plusieurs étapes.

Première étape : attirer.

Le Québec met en place différentes politiques pour augmenter la présence d’étudiants étrangers, notamment dans les régions et dans certains secteurs de formation.

Deuxième étape : croissance.

La proportion d’étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur passe de 6,9 % en 2014 à 12,7 % en 2024.

Troisième étape : constater les limites du suivi.

Le gouvernement dispose de peu d’information intégrée sur ce que deviennent les étudiants après la délivrance du CAQ.

Quatrième étape : resserrer.

Québec obtient de nouveaux pouvoirs et impose des plafonds de demandes par établissement. Ottawa resserre également plusieurs règles touchant les permis d’études et les changements d’établissement.

Cinquième étape : contrôler davantage les établissements et les parcours.

La validité des permis institutionnels, le respect du programme, l’assiduité, le financement et la cohérence des parcours prennent davantage d’importance.

Sixième étape : les crises de 2026 rendent cette transformation visible.

Lorsque plusieurs collèges se retrouvent soudainement incapables de poursuivre normalement leurs activités, les étudiants découvrent très concrètement à quel point leur projet d’immigration dépend aussi de la situation administrative de leur établissement.

La leçon à retenir n’est pas « évitez les collèges privés »

Ce serait une conclusion beaucoup trop facile.

Il existe des établissements privés établis depuis longtemps et des programmes répondant à de véritables besoins de formation.

La bonne conclusion est plutôt :

Ne choisissez jamais une école sur la base d’un seul critère.

Une école devrait être évaluée simultanément selon :

Sa valeur scolaire

Le programme correspond-il réellement à votre projet professionnel?

Sa situation administrative

L’établissement dispose-t-il actuellement des autorisations nécessaires?

Ses conséquences migratoires

Le programme répond-il actuellement aux conditions correspondant à votre projet?

Votre capacité financière

Pouvez-vous réellement terminer les études sans dépendre d’hypothèses trop optimistes?

La cohérence de votre parcours

Pouvez-vous expliquer pourquoi cette formation constitue une progression logique dans votre cheminement?

C’est la combinaison de ces cinq dimensions qui rend un projet solide.

Une dernière question avant de payer plusieurs milliers de dollars

Avant de signer un contrat ou de verser un dépôt, demandez-vous :

Est-ce que je choisirais encore cette formation si le gouvernement modifiait demain les règles d’immigration permanente?

Si la réponse est oui, vous avez probablement choisi une formation pour de bonnes raisons.

Si la réponse est non, prenez le temps de réévaluer votre projet.

Car l’histoire des dernières années montre une chose avec une grande clarté :

les règles d’immigration peuvent changer beaucoup plus rapidement que votre parcours scolaire.

En résumé : 12 vérifications avant de choisir votre école

Avant de vous inscrire au Québec, vérifiez :

  1. que l’établissement figure dans les répertoires officiels;

  2. qu’il possède les autorisations nécessaires;

  3. qu’il est un EED si votre situation l’exige;

  4. le nom et le code exacts du programme;

  5. la durée et le diplôme délivré;

  6. l’admissibilité actuelle au PTPD si cet élément est important pour vous;

  7. la possibilité de présenter votre demande de CAQ dans le cadre des plafonds en vigueur;

  8. les règles fédérales applicables au permis d’études;

  9. votre capacité financière réelle pour toute la durée des études;

  10. la politique de remboursement;

  11. la cohérence du programme avec votre parcours antérieur;

  12. et surtout, si votre projet demeure valable même si les règles d’immigration changent.

Conclusion : l’étudiant doit désormais évaluer bien plus qu’une école

Les difficultés rencontrées par le CSM, le CSS, Véritas et Herzing sont importantes pour les étudiants directement concernés.

Mais elles racontent aussi une histoire plus large.

Pendant plusieurs années, le Québec a activement cherché à attirer davantage d’étudiants étrangers.

Le Vérificateur général a ensuite constaté que cette croissance avait été encouragée sans que tous les outils permettant d’en mesurer les résultats et de suivre adéquatement les parcours soient en place.

Le gouvernement est ensuite passé progressivement d’une logique principalement axée sur l’attraction à une logique combinant attraction, plafonnement, contrôle et suivi.

Les étudiants doivent adapter leur stratégie à cette nouvelle réalité.

Aujourd’hui, choisir une école au Québec n’est plus seulement une décision scolaire.

C’est également une décision financière, administrative et migratoire.

Et le meilleur moyen de protéger son projet n’est pas de chercher une école qui promet un chemin facile vers l’immigration.

C’est de construire un parcours qui demeure cohérent même lorsque les règles changent.


Cet article présente de l’information générale et pédagogique. Les règles d’immigration et la situation administrative des établissements peuvent évoluer rapidement. Avant de prendre une décision concernant votre CAQ, votre permis d’études, un changement d’établissement ou votre statut au Canada, vérifiez toujours les informations actuellement publiées par le gouvernement du Québec et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

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