
Fermeture de quatre collèges privés au Québec : des étudiants étrangers réclament un transfert d’urgence
Après la fermeture du Collège supérieur de Montréal, la crise touche maintenant quatre établissements ou volets de formation professionnelle. Des étudiants étrangers ont manifesté à Montréal pour réclamer un transfert rapide, alors que plusieurs doivent renouveler prochainement leur CAQ ou leur permis d’études.

Plus d’une centaine d’étudiants, en majorité des étudiants étrangers, se sont rassemblés le dimanche 19 juillet 2026 devant le Collège supérieur de Montréal. Leur objectif était simple : obtenir des réponses et pouvoir terminer une formation pour laquelle certains ont investi plusieurs années de leur vie et plusieurs milliers de dollars.
La manifestation marque une nouvelle étape dans une crise qui ne concerne désormais plus seulement le Collège supérieur de Montréal. Quatre établissements privés ou volets de formation sont touchés par le non-renouvellement de leur permis :
le Collège supérieur de Montréal;
le Collège supérieur de Sherbrooke;
le Collège de technologie Veritas;
le volet de formation professionnelle du Collège Herzing.
Les manifestants ont marché jusqu’aux bureaux du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration afin de réclamer un transfert rapide, voire automatique, vers des établissements autorisés à poursuivre leur formation.
Cette mobilisation donne une dimension plus large à une situation que nous avions abordée dans un premier article consacré à la suspension des activités du Collège supérieur de Montréal.
À ce moment-là, les inquiétudes portaient principalement sur les conséquences immédiates de la fermeture du CSM. Quelques jours plus tard, la situation apparaît plus importante, plus complexe et surtout plus urgente.
D’un établissement à quatre : une crise qui s’étend

Le Collège supérieur de Montréal avait annoncé à ses étudiants qu’il devait suspendre ses activités après le refus du ministère de l’Éducation de renouveler son permis. La décision était tombée à environ une semaine de la fin de la session.
Près de 900 étudiants avaient rejoint un groupe de discussion consacré à la situation du collège, ce qui donnait déjà une idée de l’ampleur de l’incertitude. Certains étudiants étaient sur le point de terminer leur programme ou d’obtenir les documents nécessaires à une demande de permis de travail postdiplôme.
La fermeture du Collège supérieur de Sherbrooke ajoute plusieurs centaines de personnes à cette crise. Selon les informations rapportées en Estrie, près de 300 étudiants seraient concernés. L’établissement offrait notamment des formations professionnelles en secrétariat, comptabilité, soutien informatique et infographie. Certains étudiants avaient terminé leurs cours et n’avaient plus qu’un stage à compléter.
La situation du Collège Herzing doit cependant être décrite avec précision : les informations actuellement disponibles visent son volet de formation professionnelle, et non nécessairement l’ensemble des activités de l’établissement.
Cette distinction est importante. Lorsqu’un étudiant cherche à comprendre les conséquences d’une décision administrative, il doit vérifier l’établissement, mais aussi le programme, le niveau d’études, le permis détenu et les dates inscrites dans ses documents.
« Nos rêves sont brisés » : derrière les dossiers, des projets de famille
Le titre retenu par La Presse, « Nos rêves sont brisés », résume le sentiment exprimé par plusieurs manifestants.

Une étudiante marocaine devait terminer sa formation au cours de l’été, alors que ses documents d’immigration expiraient le 31 août. Une autre étudiante, originaire d’Algérie, n’avait plus qu’un examen et un stage à compléter dans son programme de secrétariat médical.
D’autres étudiants sont venus au Québec avec leurs enfants après avoir vendu des biens ou abandonné une situation professionnelle dans leur pays. La fermeture de leur établissement ne remet donc pas uniquement en question quelques cours : elle affecte leur logement, leur capacité à travailler, la scolarité de leurs enfants, leurs finances et leur projet d’établissement au Canada.
Il faut toutefois éviter une conclusion trop rapide. La fermeture d’un établissement ne signifie pas automatiquement que chaque étudiant perd immédiatement son statut au Canada. En revanche, elle peut rendre extrêmement difficile le respect des conditions associées au CAQ et au permis d’études, particulièrement lorsque l’étudiant n’est plus en mesure de poursuivre activement son programme.
Le problème n’est donc pas seulement la validité inscrite sur le document. Il faut aussi vérifier ce que fait réellement l’étudiant pendant cette période et les démarches entreprises pour régulariser rapidement son parcours.
Les établissements avaient été avertis avant leur fermeture
Le ministère de l’Éducation n’a pas rendu publics les motifs détaillés ayant conduit au non-renouvellement des permis. Il affirme avoir pris ses décisions conformément à la Loi sur l’enseignement privé.

Selon les informations transmises à La Presse Canadienne, les quatre établissements auraient été officiellement informés du non-renouvellement de leur permis le 30 juin 2026. Ils auraient également reçu, entre la fin mars et le début mai, un avertissement concernant une possible non-reconduction.
Cette chronologie soulève une question importante.
Si le risque de fermeture était connu plusieurs semaines ou plusieurs mois avant la décision définitive, pourquoi aucun mécanisme de transition immédiatement opérationnel ne semble-t-il avoir été présenté aux étudiants avant la cessation des activités?
Il est possible que la décision du ministère soit justifiée par des manquements importants. En l’absence de publication des motifs détaillés, il serait imprudent de conclure sur la responsabilité précise de chaque établissement.
Mais la protection des étudiants constitue un enjeu distinct.
Un gouvernement peut devoir intervenir pour préserver l’intégrité du réseau scolaire tout en mettant en place, au même moment, un mécanisme permettant aux étudiants de bonne foi de terminer leur formation sans perdre leur statut.
Or, plusieurs étudiants affirment encore ne pas avoir obtenu de place concrète dans une autre école.
Québec annonce un cheminement exceptionnel
Le gouvernement du Québec a depuis ajouté une section particulière à son site consacré à la formation professionnelle.

Le ministère de l’Éducation affirme avoir prévu un cheminement exceptionnel, en collaboration avec le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration. Les étudiants concernés doivent recevoir une lettre décrivant les démarches nécessaires pour terminer leur parcours dans une autre école.
Le gouvernement demande aux personnes qui n’auraient pas reçu cette correspondance de communiquer rapidement avec le ministère de l’Éducation. Les questions relatives au CAQ et aux démarches d’immigration doivent être adressées au MIFI.
Des démarches auraient également été entreprises auprès de centres de services scolaires afin qu’ils puissent accueillir les étudiants touchés.
Dans une lettre gouvernementale rapportée par TVA Nouvelles, Québec indique que les frais nécessaires pour terminer le diplôme pourraient bénéficier d’une exception, compte tenu du caractère inhabituel de la situation.
Les étudiants étrangers devraient toutefois présenter une nouvelle demande de sélection temporaire pour études afin d’obtenir un nouveau CAQ correspondant à leur nouvel établissement. Le MIFI affirme que ces demandes seront traitées en tenant compte de leur situation particulière.
Cette intervention est positive. Elle reconnaît que les étudiants ne peuvent pas être traités comme s’ils avaient volontairement abandonné leur établissement.
Mais une annonce de principe ne constitue pas encore un transfert.
Le principal obstacle : obtenir rapidement une nouvelle admission

Pour obtenir un nouveau CAQ, un étudiant doit généralement être en mesure de présenter une lettre d’admission ou un document scolaire correspondant à son nouveau parcours.
C’est précisément là que plusieurs étudiants disent être bloqués.
Certains établissements susceptibles de les accueillir seraient difficiles à joindre pendant les vacances estivales. D’autres auraient indiqué qu’une intégration ne serait possible qu’au milieu de la session d’automne.
Pour un étudiant dont le CAQ ou le permis d’études expire dans quelques semaines, une telle attente peut devenir critique. Sans nouvelle admission, il lui est difficile de commencer la demande de CAQ. Sans CAQ adapté, les démarches fédérales peuvent également être retardées.
Le transfert doit donc être coordonné.
Il ne suffit pas de transmettre aux étudiants une liste d’établissements et de leur demander de communiquer individuellement avec chacun d’eux. Les écoles d’accueil doivent connaître les cours réussis, les compétences acquises, le nombre d’heures suivies, les stages réalisés et les éléments restant à compléter.
Autrement, certains étudiants risquent de devoir recommencer une partie importante de leur formation, d’attendre plusieurs mois ou de payer de nouveaux frais.
Nouveau CAQ ou nouveau permis d’études : attention aux règles applicables
Les démarches ne seront pas nécessairement identiques pour tous les étudiants.

Le gouvernement du Québec précise qu’une nouvelle demande de sélection temporaire est normalement nécessaire lorsqu’un étudiant change d’établissement, sous réserve de certaines exceptions, notamment pour certains CAQ délivrés avant le 6 décembre 2024 et toujours valides.
Dans le cheminement exceptionnel annoncé pour les quatre établissements touchés, les communications gouvernementales rapportées jusqu’à maintenant indiquent toutefois qu’une nouvelle demande de CAQ devra être déposée.
Du côté fédéral, la règle générale prévoit qu’un étudiant qui change d’établissement d’enseignement désigné au niveau postsecondaire doit demander un nouveau permis d’études en présentant une demande de prolongation de son permis actuel.
IRCC prévoit cependant une règle particulière pour la formation professionnelle au Québec : lorsqu’un étudiant change de centre de formation professionnelle, il n’aurait pas à demander un nouveau permis d’études, mais devrait obtenir un nouveau CAQ.
Cette nuance est essentielle.
Un étudiant ne devrait donc pas conclure automatiquement qu’il doit déposer exactement les mêmes demandes qu’un camarade. Les démarches peuvent varier selon :
le programme suivi;
le niveau d’études;
la date de délivrance du CAQ;
le nouvel établissement;
les conditions inscrites sur le permis d’études;
la date d’expiration des autorisations;
la possibilité ou non de commencer immédiatement dans le nouvel établissement.
IRCC permet, dans certaines circonstances, de commencer à étudier dans un nouvel établissement pendant le traitement de la demande lorsque l’école précédente a fermé, a cessé d’offrir le programme ou a perdu son statut. L’étudiant doit cependant respecter l’ensemble des conditions prévues et avoir présenté les démarches exigées.
Il ne faut donc jamais effectuer un transfert de manière informelle ou commencer une nouvelle formation sur la seule base d’une promesse verbale.
Un permis encore valide ne règle pas tout
Un étudiant peut être tenté de se rassurer en constatant que son permis d’études est encore valide pendant plusieurs mois.
Mais la date d’expiration ne constitue qu’une partie de l’analyse.
Le gouvernement fédéral exige normalement que l’étudiant soit inscrit dans un établissement d’enseignement désigné et qu’il poursuive activement ses études. Lorsqu’un établissement perd son statut, IRCC prévoit certaines mesures permettant à l’étudiant de poursuivre ou de changer d’établissement, mais celui-ci doit entreprendre les démarches appropriées.
Le Québec exige également que l’étudiant respecte les obligations associées à son CAQ, notamment faire de ses études sa principale activité, suivre le niveau d’études autorisé et, lorsque cela est indiqué, étudier dans l’établissement figurant sur son attestation de délivrance.
Dans un futur renouvellement, l’étudiant pourrait donc devoir expliquer :
pourquoi les études ont été interrompues;
à quelle date il a appris la fermeture;
quelles démarches il a entreprises;
pourquoi le transfert a pris plusieurs semaines;
ce qu’il a fait pour demeurer en règle;
comment les cours et les stages déjà réalisés ont été reconnus.
La fermeture de l’établissement ne devrait pas être présentée comme une faute de l’étudiant. Mais elle doit être documentée.
Le CSM conteste la décision devant les tribunaux

Le Collège supérieur de Montréal a annoncé avoir déposé une requête pour contester les décisions de ne pas renouveler ses permis et pour tenter d’en suspendre les effets.
La direction affirme que les motifs invoqués par le gouvernement seraient infondés et qu’elle entend utiliser les recours prévus par la loi. Une audience devait être fixée ultérieurement.
Cette procédure pourrait éventuellement modifier la situation du CSM.
Elle ne fournit cependant pas, à elle seule, une solution immédiate aux étudiants dont les documents expirent prochainement. Tant qu’aucune décision judiciaire ou administrative ne permet une reprise claire des activités, les étudiants doivent continuer à préparer les solutions de transfert proposées par le gouvernement.
Attendre uniquement le résultat du recours pourrait leur faire perdre un temps précieux.
Ce que les étudiants concernés devraient faire maintenant
Les étudiants touchés ne devraient pas se limiter aux messages publiés dans des groupes WhatsApp, Facebook ou Telegram. Ces espaces peuvent être utiles pour partager des expériences, mais ils ne remplacent pas une confirmation écrite d’un ministère ou d’un établissement.

1. Conserver toutes les preuves de leur parcours
Il faut sauvegarder les contrats de services éducatifs, reçus de paiement, relevés de notes, horaires, attestations d’inscription, communications de fermeture, travaux remis, résultats, preuves de présence et documents de stage.
2. Obtenir un état officiel des apprentissages complétés
L’étudiant devrait demander un document indiquant les cours réussis, le nombre d’heures complétées, les compétences reconnues, les stages effectués et les éléments restant à terminer.
3. Vérifier les communications gouvernementales
La lettre transmise par le ministère de l’Éducation peut contenir une procédure particulière, des établissements désignés ou des consignes qui ne s’appliquent pas aux autres changements d’école.
4. Vérifier immédiatement les dates d’expiration
Il faut relever les dates du CAQ, du permis d’études, du permis de travail coop, du visa ou de l’autorisation de voyage et de l’assurance maladie.
5. Demander une confirmation écrite avant tout transfert
La reconnaissance des cours, les frais, la date de reprise, le lieu de formation et la durée restante devraient être confirmés avant d’accepter une nouvelle admission.
6. Documenter chaque tentative de régularisation
Les courriels envoyés, formulaires remplis, appels effectués et réponses reçues permettront de démontrer que l’étudiant a agi rapidement et de bonne foi.
7. Obtenir un avis adapté à sa situation
Lorsque le CAQ ou le permis d’études expire prochainement, ou lorsqu’un membre de la famille possède un statut dépendant de celui de l’étudiant, une consultation avec une personne légalement autorisée à donner des conseils en immigration peut être nécessaire.
Une crise qui révèle les limites du système de protection des étudiants

Le refus de renouveler le permis d’un établissement peut être nécessaire lorsque les exigences prévues par la loi ne sont pas respectées.
Mais lorsque des centaines d’étudiants étrangers sont concernés, la fermeture ne peut pas être traitée comme une simple relation entre le ministère et la direction du collège.
Les étudiants ont obtenu une admission, payé des frais, obtenu un CAQ, reçu un permis d’études et parfois déplacé toute leur famille sur la base d’un parcours autorisé par plusieurs institutions.
Ils ne doivent pas bénéficier d’une garantie d’immigration ou d’une garantie de résidence permanente. En revanche, ils devraient pouvoir compter sur un mécanisme clair et rapide lorsque l’établissement autorisé par le gouvernement ne peut plus poursuivre ses activités.
Le cheminement exceptionnel annoncé par Québec va dans la bonne direction. Son efficacité se mesurera toutefois à des résultats concrets :
le nombre d’étudiants effectivement transférés;
le délai avant la reprise des cours;
la reconnaissance des compétences déjà acquises;
le coût réel imposé aux étudiants;
le traitement des nouveaux CAQ;
la protection des personnes dont le statut expire prochainement.
La leçon pour les futurs étudiants étrangers
Cette crise rappelle une réalité difficile : choisir un établissement ne devrait jamais se limiter à comparer le prix du programme et la date de début des cours.
Avant de déposer une demande, un futur étudiant devrait vérifier :
si l’établissement détient les autorisations nécessaires;
si le programme exact est reconnu;
si l’école figure sur la liste des établissements d’enseignement désignés;
si le programme peut mener au permis de travail recherché;
la durée réelle de la formation;
la place des stages;
les règles de remboursement;
les antécédents de reports ou de changements de calendrier;
la cohérence entre les dates de l’admission, du CAQ et du permis d’études.
Une admission n’est que la première étape. Le projet doit demeurer cohérent jusqu’à la fin des études.

Conclusion
La fermeture du Collège supérieur de Montréal est devenue une crise touchant quatre établissements ou volets de formation professionnelle.
Plus d’une centaine d’étudiants ont maintenant choisi de manifester publiquement. Leur demande n’est pas de recevoir automatiquement un statut d’immigration ou une résidence permanente. Ils veulent pouvoir terminer la formation qu’ils ont commencée et éviter d’être pénalisés pour une décision qui ne dépend pas d’eux.
Québec promet un cheminement exceptionnel, une prise en charge par d’autres établissements et un traitement adapté des demandes de CAQ. Mais au moment de publier cet article, plusieurs étudiants affirment toujours ne pas avoir reçu de solution concrète.
La priorité doit maintenant être de transformer les promesses de transfert en admissions réelles, avec des dates précises, une reconnaissance des cours réussis et des démarches d’immigration coordonnées.
Pour chaque étudiant concerné, la meilleure protection demeure la même : conserver ses preuves, reconstruire précisément sa chronologie et entreprendre les démarches avant l’expiration de ses documents.
L’outil d’analyse du parcours étudiant développé par CVQUEBEC permet justement de regrouper les dates importantes, de repérer les périodes d’interruption et d’identifier les documents qui pourraient être nécessaires pour expliquer un renouvellement, un changement d’établissement ou une situation exceptionnelle.
Information vérifiée au 20 juillet 2026. La situation demeure évolutive.
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